Jusqu'à 80% de la production de blé menacée ?
Si vous disposez d'une tranche de
baguette à portée de main, dévorez-la à pleine dents ! Peut-être que, bientôt, le prix du pain aura été multiplié par 20.
Le monde n'avait décidément pas besoin de cela : un champignon parasitant le blé pourrait décimer jusqu'à 80% de la
production mondiale, selon certains scientifiques, à une époque où le marché de l'agriculture ne peut pas se permettre le moindre faux pas.
Les spores sont arrivées du Kenya
Dans une serre sécurisée, une équipe de spécialistes du laboratoire
des Maladies des Céréales du gouvernement américain ont utilisé un spray contenant un mélange d'huile minérale mélangée à de la "rouille noire", exposant des plants sains à la souche Ug99 :
deux semaines plus tard, la quasi-totalité des épis étaient bons à jeter.
Il suffirait donc que ce
puccinia graminis se propage depuis l'Afrique de l'Est, le Soudan, l'Ethiopie, le Yémen ou l'Iran -- où elle fait rage -- au reste du monde, et la catastrophe alimentaire est
assurée.
Une véritable "bombe à retardement"
Jim Peterson, professeur de culture
sélective et de génétique auprès de l'université de l'Oregon, affirme que "c'est une bombe à retardement. Cela se propage dans l'air, cela peut se poser sur des vêtements, voyager en avion. Nous
savons qu'elle va arriver. La question, c'est d'ici quand".
Pour 19% de la production de blé
mondiale, le danger est imminent
Certains experts pensent que, depuis l'Iran, il est inévitable que la rouille noire contamine d'abord le nord de l'Inde et le Pakistan. Depuis là, la
Russie, la Chine et l'Amérique du Nord seraient les prochains dominos. Le Centre International pour l'Amélioration du Maïs et du Blé estime que, pour 19% de la production de blé mondiale, le
danger est imminent.
Entre 1917 et 1935, la rouille noire a détruit jusqu'à plus de 20% des récoltes
américaines à plusieurs reprises. Dans les années 50, les pertes furent de l'ordre de 9% pendant deux années, et la dernière épidémie, qui date de 1962, avait réduit à néant 5,2% du blé
produit.
Modifier génétiquement le blé pour le rendre résistant ?
Pour Rick
Ward, coordinateur auprès du projet de Résistance Durable à la Rouille du Blé de l'université de Cornell, dans l'Etat de New York, "une crise humanitaire importante est inévitable". Pour se
préparer à ce tsunami, la communauté scientifique a identifié une demi-douzaine de gènes qui permettraient au blé de résister à l'Ug99. Toutefois, une période de neuf à 12 ans, et une somme de
travail titanesque, semblent nécessaires avant de parvenir à remplacer le blé actuel par sa version modifiée.
"Une crise humanitaire importante est inévitable"
Dans le pire des cas, le monde ne risque
rien de moins qu'une famine à grande échelle. Selon Don Coxe, un financier expert en matières premières agricoles, la situation était déjà critique avant l'arrivée de la rouille noire. Les
changements climatiques rétrécissent les saisons, et "il n'y a eu aucun encouragement à l'investissement dans l'agriculture. Pour ces raisons, je pense que la prochaine crise alimentaire, quand
elle arrivera, sera un plus grand choc que le pétrole à 150 dollars le baril. Il suffira d'une seule mauvaise récolte, et nous aurons une famine de masse sur les bras. Par exemple, cela pourrait
arriver s'il gèle en Iowa au mois d'août. Jusqu'ici, nous avons eu une chance extraordinaire avec le temps. Les gens partent du principe que les bonnes années dureront toujours. La nourriture a
toujours été là, donc ils imaginent qu'elle le sera également à l'avenir".
Que pouvez-vous
faire pour vous protéger ?
Je préconise un plan d'action en deux étapes.
D'abord, il s'agit d'acheter une "assurance blé" qui protégera votre pouvoir d'achat en
cas de pandémique globale, tous comme j'avais proposé à l'époque de hedger votre plein d'essence avant l'envol des prix du pétrole, ce qui avait fonctionné comme sur des
roulettes.
Par exemple, l'Exchange-Traded Fund (ETF) Leveraged Wheat (LWEA) sur l'échange de Londres
permet une exposition avec levier au prix de blé. En cas d'effondrement de la production, sa valeur devrait au moins décupler. Ainsi, si votre "budget nourriture" est de 10 000 euros
par an, il suffirait d'acheter environ 10 000 euros de LWEA pour se protéger d'un doublement du prix de la nourriture sur une période d'un an. Ainsi, vous neutralisez la hausse des prix
et vous protégez votre budget.
Si, en revanche et par bonheur, la crise devait passer, il est probable
que le prix du blé restera stable, et donc cette assurance ne vous coûtera rien, ou relativement peu. Vous revendrez vos titres LWEA à peu près au même prix, avec un peu de chance même avec un
petit bénéfice, mais le but d'une assurance n'est pas un gain spéculatif.
La deuxième étape
consiste à protéger votre portefeuille : une famine mondiale peut être synonyme d'un nouveau krach. Or, contre le risque systémique, il n'existe que deux solutions :
l'abstinence (en restant hors du marché et en faisant une croix sur des gains potentiels), ou une approche neutre au marché (market neutral) comme celle de la Lettre Suisse des
Initiés.
[NDLR : Grâce à un concept simple et ultra-efficace, Marc Mayor a permis à ses
lecteurs suisses de multiplier leur investissement par 5 depuis 1999. Aujourd'hui, vous pouvez vous aussi profiter de ses conseils : découvrez les détails de sa méthode hors du commun
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source : L'Edito Matières Premières & Devises 29/07/2009 par Marc Mayor est expert en
investissements éliminant le risque de marché