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Mercredi 29 juillet 2009 3 29 /07 /2009 09:10
Durant le dernier hiver, Thomas Huber, un jeune agriculteur de Charmoille (Jura), dans la commune de La Béroche, a effectué un stage de deux mois en Allemagne, stage mis en place par Agroimpuls. Une expérience enrichissante qui lui a permis d'avoir une vision plus objective de la situation agricole mondiale.
L'exploitation où j'ai effectué mon stage se trouve en Allemagne, près de Brême, tout au nord du pays, à 80 km de la mer du Nord et à 100 km de la frontière hollandaise. Elle se compose d'environ 160 hectares, principalement maïs et herbe, de 120 vaches laitières et de 300 bovins d'engrais.
L'exploitation est divisée en deux parties. La première partie est l'exploitation laitière qui se situe à Muderloh et appartient à la femme de l'exploitant, agricultrice elle aussi. L'autre partie, sur la commune de Littel à 18 kilomètres de l'autre, pour le bétail à l'engrais, appartient à l'exploitant où ses parents y vivent encore. La ferme est située à 500 mètres d'altitude. Les précipitations annuelles s'élèvent aux alentours de 850 mm/année.
Plusieurs personnes travaillent sur la ferme. Bernd Wellmann, l'exploitant, s'occupe des vaches, des cultures et des bovins à l'engrais. Karine, sa femme, s'occupe de la partie administrative. Les deux ont la maîtrise en poche. Les parents de chacun sont aussi plus ou moins actifs sur les deux exploitations, notamment pour l'affouragement du jeune bétail. Un ouvrier polonais est toujours présent sur l'exploitation principalement pour traire, une opération qui dure deux heures et demie par jour, ainsi que généralement un stagiaire, moi en l'occurrence.
Le prix du lait au 1er mars 2009 était de 23 ct d'euro, ce qui représente environ 35 ct suisses. Il y a une année, le prix du lait était de 59 ct suisses. Une situation très difficile, mais l'optimise persiste tout de même. «C'est au plus bas, ça ne peut que remonter», me disait-on.
Molkerei Ammerland, la fromagerie à laquelle les Bernd livrent leur production, transforme 956 millions de kilos de lait (plus d'un milliard l'année prochaine), principalement en fromage à pâte molle (46%), puis en lait de consommation, beurre, etc.
La fromagerie est composée de 1993 producteurs, ce qui représente environ une moyenne de 500 000 kilos de lait par exploitation. Les exportations représentent 44% de la production et sont dirigées principalement vers la Hollande, l'Italie et la France. La fromagerie a investi en 2008 17 millions d'euros comme frais de rénovation. La quantité de lait transformée a augmenté de 300% en dix-huit ans. Des chiffres très impressionnants qui montrent la puissance commerciale de ce pays!
Les vaches laitières sont en stabulation libre/logettes avec tapis dans les logettes. La paille ici est affouragée. Le troupeau est composé de 120 vaches et presque autant de génisses. Elles sont toutes de race Holstein, d'une moyenne laitière (2008) de 10 300 kilos. Elles sont dans un bâtiment construit il y a huit ans pour la première partie et il y a deux ans pour la plus récente.
Toutes les génisses sont gardées sur l'exploitation toute l'année, une moitié en attache à l'américaine et l'autre moitié en logette. Bien sûr, pas de SRPA ici! Mais les vaches ont un pâturage de 5 hectares aux alentours de la ferme durant la belle saison. Elles reçoivent de l'ensilage de maïs et d'herbe. Pas de foin, mais de la paille dans la ration pour la fibre et plus de 10 kilos de concentrés pour les plus productives!
J'ai constaté qu'il n'est pas possible de gérer avec autant d'assiduité un troupeau de 120 vaches qu'un troupeau de 25 comme chez moi ! Pas assez de temps pour s'occuper de chaque bête individuellement, ce qui inévitablement conduit à certaines négligences. Beaucoup de vaches traient sur trois trayons, beaucoup de problèmes de membres, de pied notamment. L'intensification de la production a aussi ses défauts et pas des moindres!
Les bovins d'engrais sont de race Holstein et sont engraissés durant une période de vingt-deux mois pour atteindre 350 à 370 kilos de carcasse.
Le rendement est d'environ 54% pour cette race inhabituellement utilisée pour l'engraissement. Mais les jeunes animaux sont moins chers à l'achat et, en cas de perte, celle-ci est donc moindre d'après l'exploitant. Leur affouragement dure environ deux heures par jour. L'alimentation est composée de silo de maïs principalement, de silo d'herbe (10%), de paille, de pulpe de patate (10%) et de concentrés.
L'affouragement est effectué à l'aide d'une mélangeuse chaque matin. L'aspect négatif qui m'a interpellé est la détention. Les bovins d'engrais, par exemple, sont placés dans des box de 12 m2 pour cinq bêtes. Ici aussi, une intensification totalement normale pour la région, mais dont je n'ai pas l'habitude.
Bernd et Karine ont en tout 160 hectares. Cinquante-cinq hectares à Littel et 105 à Muderloh. La moitié est en location. Les prix sont environ de 5 à 7 fr./are. Les prix de vente sont de 3 fr./are environ. La principale raison du prix élevé des terres est le développement du biogaz très gourmand en surface de maïs.
Les installations de méthanisation sont beaucoup trop nombreuses, ce qui explique ce prix qui monte en flèche. Cet engouement pour le biogaz est aussi un effet de la crise de la vache folle. L'exploitation de Bernd a 45 hectares directement aux alentours de la ferme.
Le parc machines est composé de matériels assez anciens. Par rapport à des exploitations suisses, la mécanisation n'est pas beaucoup plus élevée pour 160 hectares: tracteurs Fendt et New Holland principalement avec beaucoup d'heures au compteur, deux tonneaux à purin de 7,5 et 12 m3, matériel de fanage standard et beaucoup de location de machines comme l'épandeuse à fumier ainsi que de travaux par tiers.
source: AGRIHEBDO Thomas Huber Parution semaine 30, 2009
Par ANNE G - Publié dans : INTERNATIONAL - Communauté : agroalimentaire
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