Passer sous le contrôle d'un autre groupe, continuer seul... Dans une interview au
Télégramme, Christian Mazuray, le président d'Entremont Alliance, indique que le dossier sur l'avenir du groupe laitier ne sera pas bouclé avant début 2010.
Où en est le dossier de la reprise du groupe Entremont Alliance, combien de candidats se sont déclarés?
Plusieurs entreprises s'intéressent à Entremont. Il ne faut pas croire qu'elles sont en mesure de payer le prix du lait que les producteurs attendent. Il y a actuellement trois hypothèses
possibles: Sodiaal s'est déclaré, Lactalis doit faire une proposition en septembre, mais il y a aussi la possibilité de continuer seul. Il n'est pas exclu que notre actionnaire majoritaire, la
compagnie financière Albert Frère, injecte de l'argent. Le breton Laïta ne s'est pas manifesté, à ma connaissance. L'entreprise qui veut reprendre Entremont Alliance doit savoir qu'elle devra
assumer des pertes pendant douze mois. Quoi qu'il en soit, le dossier de l'avenir d'Entremont Alliance ne trouvera pas son épilogue avant début 2010. Il faut, en premier lieu, avoir une offre
tangible, ce qui n'est pas le cas. Ensuite, ce type de rapprochement d'entreprises est soumis à l'autorisation des autorités de la concurrence.
Quelle est la situation financière d'Entremont Alliance?
Nous avons perdu 34millions d'euros l'an passé, 19millions au premier trimestre 2009, nous approchons de l'équilibre pour le second trimestre. Nous sommes confrontés à un problème de prix du
lait, sans doute davantage que d'autres. Le métier laitier connaît des difficultés avec les marchés des beurres et de la poudre de lait qui font perdre beaucoup d'argent, mais nous sommes aussi
très préoccupés par les importations massives de fromages à pâtes pressées et de lait UHT, qui aggravent la situation française. Ces importations représenteraient 6% du quota laitier français.
En voulant maintenir un prix du lait élevé en France, on s'est fragilisé en ouvrant tout grand la porte aux concurrents des pays voisins. Nous aurons du mal à reprendre toutes ces parts de
marché. Nous alertons les producteurs et les pouvoirs publics depuis un an, cette situation était prévisible.
Quel est le niveau de prix du lait économiquement acceptable?
Actuellement, le prix de nos fromages est trop élevé, nous en vendons moins et nous fabriquons, en conséquence, plus de poudre de lait, donc nous perdons de l'argent. Nous en sommes,
actuellement, à 40% de poudre de lait. Cette année, nous serions ainsi à l'équilibre en payant le litre de lait en moyenne 239 euros les mille litres. Nous n'avons pas la possibilité de faire
une deuxième année de perte compte tenu de l'importance de notre endettement, qui s'élève à 375millions d'euros. Le problème est que la crise est durable. L'Union européenne a confirmé, la
semaine dernière, qu'elle ne prendrait aucune mesure supplémentaire de soutien au marché, en dehors du stockage. Ce qui situe le prix du lait à un niveau de l'ordre de 220euros les 1.000 litres
dans les neuf mois qui viennent, car il n'y aura pas d'amélioration du marché avant juillet2010, dans le meilleur des cas. Nous continuons de penser que les entreprises n'auront pas la capacité
de résister encore douze mois avec un niveau de prix trop élevé. 25 à 30% des entreprises ne paient plus le prix recommandé par l'accord interprofessionnel. 4.500 producteurs 4.500
producteurs bretons livrent leur lait à Entremont. Le groupe emploie 4.180 salariés dont plus d'un millier en Bretagne.
Source : LE TELEGRAMME 28/07/2009 par Yves Drévillon