La crise du marché porcin se nourrit d’une hausse des coûts de production et d’une
baisse du prix de vente des cochons. Producteurs, abatteurs et
transformateurs s’inquiètent d’une rentabilité qui stagne Le coût de
l'aliment du bétail a augmenté de 40€ par tonne par rapport à l'automne
2006 et le prix du porc a perdu 6 à 7 centimes par rapport à la même période
Pessimisme dans tous les maillons de la filière porcine française. Les équilibres du marché ne sont plus au rendez-vous. "Une crise par les deux bouts", commente le président de
l’interprofession porcine (Inaporc), Guillaume Roué. Le coût de l’aliment du bétail a augmenté de 40 euros par tonne par rapport à l’automne 2006 et le prix du porc a perdu 6 à 7 centimes par
rapport à la même période l’an dernier. Une baisse de prix à la vente qui s’explique par unecontraction de la demande depuis 1998-1999.
La hausse considérable du cours des céréales en raison d’une demande mondiale supérieure à l’offre
depuis quelques années, est à l’origine de l’appréciation du coût de l’aliment. L’alimen-tation représente 60 % du coût de production. Ce dernier, à 1,34 euro par kilo, devrait augmenter de 15
centimes d’euros par kg de carcasse. Une tension sur les cours des matières premières agricoles liée à l’accroissement de la population mondiale mais aussi au développement des biocarburants,
explique l’interprofession.
Impact énergie
verte
Les semis mondiaux en cultures énergétiques vont
croissants.
Les effets du programme américain de bioéthanol à base
de maïs "se font nettement sentir", affirme le président de la Fédération nationale porcine (FNP), Jean-Michel Serres. Responsable du groupe de travail Energie de l’interprofession, il a présenté
les enjeux énergétiques actuels de la filière porcine (voir encadré), lors de l’Assemblée générale d’Inaporc, le 4 juillet.
En France, les objectifs affichés par le gouvernement pour développer la filière des carburants verts
sont ambitieux : 7 % d’incorporation de biocarburants dans les essences classiques en 2010, soit plus que les objectifs européens.
Néanmoins, les co-produits issus de l’énergie verte comme les tourteaux de colza ou les drèches de blé,
représentent de nouvelles opportunités pour l’alimentation du bétail.
Volatilité
Inaporc pronostique une hausse durable
du cours des céréales. Que les fonds d’investissement interviennent aujourd’hui sur ces marchés ne rassure pas Guillaume Roué. Présage pour le président d’Inaporc d’une "volatilité accrue sur le
marché porcin". L’interprofession demande à l’Union européenne que toutes les jachères soient utilisables pour l’ensemble des cultures, et pas seulement pour celles vouées à l’énergie verte. La
filière espère ainsi rééquilibrer le prix des céréales et le coût de l’aliment.
Morosité également du côté de l’abattage, de la découpe et de la transformation. Les marges ne sont pas favorables depuis le mois d’avril. Inaporc réfléchit à une fixation du
prix du porc à l’avance via des marchés à terme. Les règlements s’y effectuent à une échéance ultérieure, et prévue à l'avance, de celle où les transactions sont
conclues.
Coût du travail
La question du coût de revient de la main-d’oeuvre est récurrente. "Chez nos concurrents directs, ils
utilisent de la main-d’oeuvre des pays de l’Est payés au tarif des pays de l’Est, pas chez nous", explique Guillaume Roué. Alors que l’harmonisation européenne demandée de la réglementation du
travail ne voit pas le jour, l’interprofession estime que la France n’a aucune raison de se priver de dérégulation. "Le risque est de voir la grande distribution faire ses emplettes là-bas",
justifie son président.
"Là-bas", c’est au Danemark, en Allemagne ou
en Espagne.
En 2007, leurs productions gagneraient respectivement
3,9 %, 2,7 % et 2 %, celle de l’UE à 25 2,2 %. La France, elle, stagne. Sa production reculerait de 0,5 %.
Enjeux énergétiques de la filière porcine "Filière porcine et Energie" est le thème de l’Assemblée générale de l’Interprofession nationale porcine
(Inaporc), réunie à Paris, le 4 juillet. Le groupe de travail Energie d’Inaporc y présentait les enjeux énergétiques d’aujourd’hui pour la filière. Le premier réside dans l’impact du
développement des biocarburants sur le coût de l’aliment du bétail, et les opportunités qu’offrent les co-produits issus des cultures énergétiques, comme les tourteaux de colza, pour
l’alimentation animale.
La production porcine est aussi une grande
consommatrice d’énergie, utilisée notamment à 46 % pour le chauffage et à 39 % pour la ventilation dans les élevages. La filière étudie la possibilité de recourir à des énergies alternatives à
l’électricité et renouvelables, comme les énergies solaire, éolienne ou géothermique. La méthanisation du lisier en utilisant des co-produits végétaux est analysée sérieusement. Mais Inaporc
déplore l’absence de cadre réglementaire clair en France pour la méthanisation à la ferme.
La valorisation des co-produits de l’abattage et de la découpe constitue un dernier enjeu. De nombreuses entreprises cherchent à trouver des
solutions en interne de traitement et d’élimination des co-produits, sans passer par les sociétés d’équarrissage, avec une optique de récupération énergétique : méthanisation des boues de station
d’épuration, utilisation des graisses pour la filière biocarburants, etc.
Rééquilibrer par l’export et la communication
Pour
favoriser les équilibres de marché, l’interprofession privilégie les exportations. En 2006, la France a vendu plus de 350 000 t à l’Union européenne ou encore 21 870 t à la Corée du Sud. La
communication sur la viande porcine et ses produits auprès des consommateurs est l’autre axe développé, avec deux campagnes de communication par an.
http://www.creuse-agricole.com/public/impressionPDF.php?codeArticle=SRTIGKCP
Source: CREUSE AGRICOLE 24/07/2009