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Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /2009 07:10

Pour avoir tu ses accointances avec un groupe industriel, un expert d'un autre panel, spécialiste de nutrition, a dû, début 2009, démissionner.
L’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA : European Food Security Agency) est chargée, au niveau communautaire, d’évaluer les risques liés à la chaîne alimentaire, en particulier aux organismes génétiquement modifiés (OGM). C’est sur ses avis que s’appuient les décisions de la Commission de Bruxelles, du Parlement européen et des Etats membres de l’Union européenne. D’où son rôle crucial.
Mais est-elle vraiment crédible ?
L’institution s’est installée dans un moderne bâtiment de verre. Façon, peut-être, d’afficher sa « transparence », l’une de ses vertus cardinales, annonce sa directrice, la Française Catherine Geslain-Lanéelle, avec « l’excellence scientifique », « l’indépendance » et la « réactivité ». L’affirmation fait s’étrangler les écologistes. « Autant demander à un renard de surveiller un poulailler ! » s’écrit Greenpeace.
Les ministres de l’environnement des pays européens ne sont pas loin de penser la même chose. Au point que onze d’entre eux – Autriche, Bulgarie, Chypre, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Malte, Pays-Bas et Slovénie -, affichant leur défiance à l’égard des instances communautaires, viennent de réclamer la possibilité d’interdire, de leur propre initiative, la culture de séquences génétiquement modifiées sur leur territoire (ndlr 2M : tiens, il n’y a pas les pays scandinaves et l’Allemagne, l’avant-garde écologiste, chantre de la protection de l’environnement ! y aurait-il des intérêts financiers somewhere ?)
Sans souscrire à cette demande de nationalisation des autorisations de culture, la secrétaire d’Etat française chargée de l’écologie, Chantal Jouanno, plaide elle aussi pour « que les procédures d’expertise soient revues ».
Qui est Chantal Jouanno ? Elle a travaillé comme conseillère pour le développement durable à la présidence de la République, chargée notamment de suivre le Grenelle de l’environnement, en 2007, puis comme présidente du conseil d’administration de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de février 2008 à janvier 2009. Elle n’est donc pas née de la dernière pluie ! Sans parcours dans le monde industriel, elle ne peut être accusée de parti pris non plus.
Quand l’EFSA voit le jour, en janvier 2002, l’Europe sort des crises de la vache folle et du poulet à la dioxine belge. La confiance des consommateurs est ébranlée. La filière agroalimentaire discréditée. L’Union européenne décide de se doter d’une expertise scientifique incontestable. Et de séparer l’évaluation des risques de la décision politique.
Maladies animales, additifs alimentaires, OGM, pesticides, risques biologiques… L’agence ne chôme pas. Chaque année, sa charge de travail double : en 2009, elle rendra un millier d’avis scientifiques. Trop, trop vite ? Avec 400 permanents et un financement communautaire de 73 millions d’euros, elle a atteint « la taille critique » et « la maturité » qui garantissent aux citoyens européens « un système d’évaluation des risques extrêmement robuste », assure Mme Geslain-Lanéelle. Dix panels de scientifiques externes ont été mis en place pour couvrir les différentes disciplines, soit un réseau de 200 experts, réunis 10 à 12 fois par an. S’y ajoute un millier de spécialistes consultés ponctuellement, dont la directrice souhaite tripler ou quadrupler le nombre. Voilà qui donne de la crédibilité.
Sur certains dossiers, l’EFSA a fait la preuve de l’indépendance qu’elle revendique. Par exemple en concluant, en 2007, que le colorant alimentaire Rouge 2G (E128), utilisé depuis trente ans dans les saucisses et les hamburgers, pouvait avoir des effets cancérigènes. Son bilan en matière d’OGM laisse en revanche perplexe.
Depuis sa création, l’autorité a reçu des industries agroalimentaires 119 demandes d’autorisation ou de renouvellement d’organismes génétiquement modifiés. Plus de la moitié (69) sont encore à l’étude, tandis que 8 ont été finalement retirées. Elle a donc rendu 42 avis… tous positifs. Qui plus est, adoptés à l’unanimité – le vote se faisant à main levée – des membres du panel OGM présents.
D’où vient, alors, le tropisme pro-OGM des experts européens ?
Tous les ans, chacun d’entre eux remplit une déclaration détaillée, attestant qu’il n’existe pas de conflit d’intérêts – financier ou intellectuel – entre sa mission et ses activités professionnelles (recherches payées par des firmes du secteur, travaux de consultant, détention d’actions ou de brevets…). Avant chaque réunion, il signe en outre une déclaration d’intérêts spécifique pour les sujets à l’ordre du jour. Pour avoir tu ses accointances avec un groupe industriel, un expert d’un autre panel, spécialiste de nutrition, a dû, début 2009, démissionner.
Les Amis de la Terre ont contesté la neutralité de plusieurs membres du panel OGM, pour leurs liens, directs ou indirects, avec des entreprises de biotechnologies. A commencer par son président, le Néerlandais Harry Kuiper, coordonnateur, de 2000 à 2003, d’un programme de recherche européen auquel participaient Monsanto, Bayer CropScience et Syngenta. « Il s’agissait d’un programme communautaire public, répond la directrice de l’EFSA.
Du reste, s’il fallait disqualifier définitivement tous ceux qui ont travaillé avec l’industrie, on ne trouverait personne. Un bon expert n’ayant jamais collaboré avec le privé, c’est même suspect. »
’avis de 2M
Quoi qu’il en soit, pour la présidente de l’EFSA, l’indépendance et l’honnêteté des avis ne peuvent être mis en cause ; la qualité scientifique et l’indépendance de l’EFSA ne pouvant être mesurées à une simple arithmétique fondée sur le nombre d’avis positifs ou négatifs rendus.
L’autorité européenne se défend comme elle peut ; tous les avis, fait-elle valoir, ont été émis « après beaucoup de discussions ». S’ils sont fondés sur les dossiers fournis par les industriels – l’EFSA n’a pas de moyens de recherche propres -, « ils prennent aussi en compte l’ensemble des articles scientifiques disponibles ». Ainsi d’une étude, publiée en novembre 2008 par des chercheurs autrichiens, qui suggérait une altération de la fertilité de souris nourries au maïs transgénique MON 810-NK 603. Le panel OGM s’est saisi de ce travail et a conclu qu’il posait « des problèmes de méthodologie » qui l’invalidaient. Ce qu’a aussi estimé, voilà quelques semaines, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).
L’EFSA admet toutefois qu’elle « devrait peut-être, lorsque l’industriel ne fournit pas les informations supplémentaires demandées dans un délai fixé, rendre un avis négatif ».
Source : l'EFSA 22/07/2009

Par ANNE G - Publié dans : LEGISLATION - Communauté : agroalimentaire
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