Partager l'article ! Michel Portier d'Agritel : les conseils pour la prochaine campagne céréalière: «Vendez une partie de votre récolte 2009 dès maintenant » ...
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«Vendez une partie de votre récolte 2009 dès maintenant »
A la veille de la prochaine campagne 2009/2010, Michel Portier, directeur d'Agritel, conseille aux agriculteurs de vendre, dès maintenant, une partie de la récolte 2009 pour sécuriser leur revenu.
Comment se présente la prochaine campagne de commercialisation au niveau mondial ?
Michel Portier : Depuis le 5 décembre 2008, point le plus bas de la campagne pour la récolte 2009, les marchés remontent et les cours, certes encore insuffisants, se situaient début juin autour d'une base Euronext à 158 - 160 euros la tonne pour de la livraison novembre en blé. Mais nous restons confrontés à des marchés extrêmement volatils. Le 2 juin au soir, la tonne de blé a par exemple chuté brutalement de 6 euros, soit une variation de 50 euros l'hectare en moins d'une heure ! Une baisse essentiellement liée à la vente de produits financiers.
Nous sommes totalement connectés au marché mondial, à la bourse de Chicago et à d'autres indices financiers que sont les fonds de pension américains. Si l'on met en parallèle l'évolution du prix du blé, du maïs et du colza, avec celui du CAC 40, du Dow Jones, du pétrole ou du dollar, nous avons une corrélation supérieure à 90% ! L'agriculteur doit prendre conscience que les fluctuations de prix sont devenues essentielles dans son métier. Elles vont être son quotidien.
L'autre critère fondamental sur la scène internationale, c'est la météo. La remontée des cours, ces derniers mois, est liée à la tension extrême sur les marchés internationaux du fait de l'excès de pluie aux USA - qui gêne les semis de maïs et de blé de printemps -, ou de la sécheresse en Argentine. L'Argentine, qui fait partie des cinq plus gros exportateurs dans le monde, va semer cette année 30% de moins de blé qu'en 2008.
Malgré une récolte 2008 record, les stocks de céréales restent tendus et le moindre incident climatique peut avoir une répercussion très importante sur les marchés. Tous ces éléments plaident en faveur d'un cours mondial qui devrait rester soutenu.
Qu'en est-il de la situation française ?
M.P. : Heureusement que nous sommes connectés au marché mondial car la situation française est moins favorable. Sauf incidents climatiques, la France devrait avoir une récolte 2009 satisfaisante, à laquelle va s'ajouter un stock de report de fin de campagne 2008/2009 important. Dans un contexte baissier, les agriculteurs ont stocké plus de marchandises que les années précédentes et l'on s'attend, au moment de la moisson, à un afflux de marchandises. FranceAgrimer vient toutefois de revoir ses chiffres de stock à la baisse en lien avec l'accélération des ventes à l'export, notamment vers les Pays Tiers.
Quoi qu'il en soit, il va falloir être très dynamique en matière d'exportation mais aussi que les importateurs répondent présents. Or, mauvaise nouvelle, nos clients traditionnels du Maghreb, comme le Maroc ou l'Algérie, ont quasiment doublé leur production de céréales cette année et seront beaucoup moins présents sur la scène internationale. Il va falloir, pour la prochaine campagne, exporter sur des zones plus lointaines comme l'Égypte, la Jordanie, l'Irak, voire l'Iran.
De ce fait, depuis plusieurs mois, nous avons conseillé aux agriculteurs de vendre,
dès que le prix se situait dans la fourchette 160/165 €/t base Euronext novembre. Sur juin, si nous avons une fenêtre de tir avec des prix relativement corrects, il faut en profiter
!
Conseillez-vous aux agriculteurs de vendre, avant récolte, une partie de la production 2009 ?
M.P. : Nous conseillons de démarrer les ventes dès maintenant à hauteur de 25% pour le blé et le colza, et 40-50% pour les orges fourragères. Par contre, nous ne sommes pas vendeurs en maïs. Vendre une partie de sa récolte 2009, c'est une façon de sécuriser son revenu, dans la mesure ou le prix de marché est supérieur à son prix de revient.
En blé, les producteurs qui ont suivi nos conseils doivent avoir déjà engagé à ce jour 25 à 30 % de leur future récolte, autour des 165 €/t base Euronext novembre (soit 140-145 €/t en ferme). Dans le cas contraire, tout retour au-dessus du seuil des 160 €/t sera mis à profit.
En colza, le marché est également porteur car le bilan pour la prochaine campagne risque d'être déficitaire. Aujourd'hui le prix oscille autour de 320 euros tonne, soit 280 à 300 €/t sur le physique. On sécurise donc 25% et on attend puisque le marché pétrolier est bien orienté.
Par contre, pour le maïs, nous conseillons de patienter pour entamer les ventes. Le maïs semble actuellement être le marché le plus porteur sur la scène internationale. Le bilan 2009 va en effet être extrêmement tendu dans la mesure où les USA, qui produisent plus de 40 % de la production mondiale, vont consacrer plus de 100 Mt à la filière bioéthanol, soit une fois et demie la production européenne ! Du côté Français, notre principal client, l'Espagne, souffre de la sécheresse et sera donc très importateur de maïs. Nous affichons donc notre optimisme et pour l'instant, nous ne sommes pas vendeurs.
Pour le reste, l'agriculteur ne doit pas hésiter à s'accaparer les nouveaux outils que sont les marchés à termes et les marchés d'options. Ces outils vont devenir essentiels. Il peut bien sûr confier cette gestion du risque de prix à son organisme stockeur habituel, c'est à dire à sa coopérative ou son négociant.
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source : PLEINCHAMP 12/06/09 Propos recueillis par Sophie Caron