Les pâtes sont le produit qui a le plus augmenté avec l'envolée des prix alimentaires. Pourtant cette hausse n'a pas été perçue par les consommateurs. En revanche, les fruits et légumes frais, sur lesquels il n'y a pas eu de pic, sont considérés comme des produits qui ont énormément augmenté. Si le récent regain d'inflation a marqué les consommateurs, préoccupés par leur pouvoir d'achat, il ne les a pas plus éclairés sur la réalité des prix.
décortiqué par Eric Besson, secrétaire d'Etat chargé de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques, dans un rapport intitulé "Formation des prix alimentaires" qu'il devait remettre, mardi 16 décembre à son commanditaire Michel Barnier, ministre de l'agriculture, et à Luc Chatel, secrétaire d'Etat à la consommation. Pâtes, jambon, lait UHT... En quelques exemples, M. Besson montre à quel point la formation des prix est particulière à chaque secteur, et à chaque pays, et donne quelques repères, parfois contraires aux idées reçues. Ainsi son décorticage du prix du jambon permet de comprendre que celui-ci se forme aux étapes de la transformation et de la distribution, dépendant des innovations ou du nombre d'intermédiaires et non du prix au kilo payé à l'éleveur. Les prix de détail peuvent donc augmenter quand ceux à la production baissent.
Exception faite des denrées périssables (salade, tomates), les prix sont déconnectés des cours agricoles, et dépendent souvent du niveau de concurrence sur le marché. Le rapport constate que "les marges dans la distribution sont en moyenne assez fortes en France", du fait d'une concurrence modérée, d'un faible poids du maxidiscompte, et de chaînes d'intermédiaires parfois longues. Mais elles sont variables : faibles pour les fruits et légumes ou les produits industriels, élevées sur la viande de porc.
La faiblesse de la concurrence est la principale raison au maintien de prix élevés. Si les prix français ont rejoint les allemands, ils restent supérieurs aux prix espagnols et néerlandais. M. Besson conclut qu'une baisse de prix durable ne pourra être obtenue sans accroissement de la concurrence, mais que celle-ci ne doit pas s'exercer au détriment des producteurs et des industriels. Laetitia Clavreul
Source : LE MONDE | 16.12.08 | 15h00