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Mercredi 7 janvier 2009

Le rapport d’Éric Besson sur la formation des prix alimentaires pointe du doigt les déconnexions observées entre les prix des produits alimentaires et ceux des matières premières. Il met en cause l’existence de marges trop élevées des enseignes françaises de distribution qui, de leur coté, émettent de sévères critiques. Distributeurs et fournisseurs réagissent.  

Le rapport d'Eric Besson met en cause une structure de commercialisation où les pressions concurrentielles sont modérées, un développement insuffisant des formes de distribution hard-discount et des chaînes d’intermédiaires trop longues.

Crédit : Fotolia    

 Incohérence avec l’Observatoire des prix et des marges

Dans un communiqué publié le jour de la remise du rapport Besson au Premier Ministre, la FCD pointe du doigt le fait que l’étude sur la formation des prix alimentaires semble n’avoir aucun lien avec la première réunion du comité de pilotage de l’Observatoire des prix et des marges du 11 décembre 2008, soit une semaine à peine avant la parution de l’étude. Cet observatoire mis en place dès mars 2008 par Christine Lagarde et Luc Chatel est officiellement chargé d’effectuer une veille dans les différents secteurs d’activité. Le 11 décembre dernier, il a décidé de lancer ses premiers travaux sur le lait UHT, les fruits et légumes et la viande porcine.

JM    

L’étude remise au gouvernement par Éric Besson sur la formation des prix alimentaires a été publiée le 18 décembre 2008. Ces résultats sont publiés dans le contexte de mise en application de la Loi de Modernisation de l’Économie, tandis que les produits alimentaires ont augmenté en moyenne de +5,7 % sur un an selon l’INSEE. Globalement, le rapport Besson pointe du doigt les marges « assez fortes » de la grande distribution en France, affirmation saluée par l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) mais récusée par la Fédération des entreprise du commerce et de la distribution (FCD).  

Des prix plus élevés  

Pour expliquer ces prix plus élevés en France que chez nos voisins européens (Espagne et Pays Bas en particulier), le rapport Besson évoque trois causes majeures : « une structure de commercialisation où les pressions concurrentielles sont modérées et où le développement des marques de distributeurs (…) ne crée de pression que sur les prix en amont », « un développement insuffisant des formes de distribution présentant les prix les plus bas [ndlr : le hard-discount] », et « des chaînes d’intermédiaires parfois assez longues ». Pour l’ANIA, ces conclusions apportent « un éclairage nécessaire et pertinent, (…) permettant d’identifier clairement, pour une liste de produits déterminés, les marges tout au long de la chaîne de l’agriculteur au distributeur. » L’ANIA ajoute d’ailleurs que les IAA n’ont répercuté sur les prix consommateurs « qu’un quart des hausses de prix des matières premières subies sur deux ans. »  

Critiques vives de la part des distributeurs  

Réagissant vivement aux conclusions de ce rapport, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) a indiqué dans un communiqué ne pas accepter d’être désignée comme un bouc émissaire. Elle précise qu’« à aucun moment, les commerçants n’ont été consultés lors de la réalisation de cette étude, qui a pourtant nécessité 10 mois. ». Sur le fond, pour la FCD, les conclusions du rapport Besson restent d’ordre très général : « [Cette étude] affirme que « les marges de la distribution sont en moyenne assez forte en France » sans caractériser les choses, ni d’ailleurs aborder vraiment la question de la décomposition de la marge brute ». La FCD souligne que les variations de part de marché des produits à bas prix sont fortes et que les gammes de produits premiers prix – y compris le hard-discount avec +6% - et de marques distributeurs se développent.

 L’exemple du porc

 Le rapport d’Éric Besson porte sur dix produits : fruits et légumes frais (tomates, salades, pommes), produits laitiers (lait UHT, yaourts, camembert, emmental), produits carnés (rôti de porc et jambon), pâtes alimentaires. Il prend l’exemple de la viande de porc – l’un des dix produits étudiés pendant dix mois – secteur sur lequel les marges nettes sont estimées « très élevées historiquement (…) à toutes les étapes de la transformation. ». Selon le rapport, celles-ci peuvent atteindre plus de 20% du prix payé pour le jambon et plus de 25% pour le rôti, contrairement aux produits agricoles frais à courte durée de vie comme les fruits et légumes ainsi que les produits industriels sur lesquels les marges arrières sont fortes (produits laitiers, pâtes alimentaires) où les marges sont plus faibles. La FCD, qui ne partage pas cette analyse, précise que « la gamme de prix très ouverte de 1,90 euro le kg à 16 euros » montre bien que la concurrence existe sur ce secteur, contrairement à ce que décrit le rapport.  

Produits transformés

 Concernant les produits transformés analysés (pâtes, produits laitiers), le rapport Besson note que les prix de détail apparaissent pratiquement indépendants des prix agricoles. L’introduction des marques distributeurs, le hard discount et les premiers prix exercent une pression à la baisse sur les marges des industriels, inégalement répercutée sur les prix payés par les consommateurs : « Les marges de la distribution sont parfois importantes ». Cette affirmation est elle aussi récusée par la FCD : « Comme si la forte hausse des prix agricoles et du pétrole en 2007 ne pouvait avoir d’effet sur les prix. » josselin Moreau
source: PROCESS ALIMENTAIRE - Date de mise en ligne : 05/01/2009

 

 

Par ANNE G - Publié dans : ECONOMIE - Communauté : agroalimentaire
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